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 23 Juin : Le Début de la Fin

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ManuE
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MessageSujet: 23 Juin : Le Début de la Fin   Lun 5 Sep - 14:13

Par une chaude soirée de juin, je me trouvais dans le hall d’entrée d’un chic hôtel de la métropole où se déroulait le bal des finissants de la promotion 2003-2004. Tripotant nerveusement ma montre bracelet, j’attendais avec une impatience croissante mon amie Maude, qui aurait normalement déjà dû être arrivée avec Mark, son petit ami, ainsi que Thomas, mon cavalier. Pendant des semaines, elle avait insistée sur le fait que je ne pouvais absolument pas venir seule au bal de fin d’année et, devant mon incapacité à trouver quelqu’un qui soit digne de m’y accompagner, elle avait décidé de prendre les choses en main. C’est ainsi que je m’étais retrouvée à piétiner dans l’allée, le temps que mon amie et la “perle rare” qu’elle m’avait dénichée ne daignent se montrer. Les papillons qui s’agitaient dans mon estomac ne savaient plus où donner de la tête. Heureusement, le délai ne s’est pas éternisé. Maude et Mark ont fait leur apparition, suivis d’un bel étranger qui devait sans doute être celui qui m’avait autant fait languir. Sur le coup, j’en suis restée bouche-bée. Mon amie avait officiellement parié que je ne serais pas déçue ; elle ne pouvait sans doute même pas imaginer à quel point elle avait pu miser juste. Mon expression faciale à elle seule devait en valoir le détour, car elle m’a adressé un clin d’œil complice, suivi d’une grimace on ne peut plus moqueuse. Je me suis ressaisie juste à temps pour éviter à mon futur prince charmant d’assister à ce désastreux spectacle. Après de brèves présentations, nous nous sommes tous dirigés, bras dessus, bras dessous, vers la piste de danse où la musique nous réclamait à grands cris de chanteurs punk. Thomas et moi avons dansé et rigolé pendant des heures, surtout après que j’aie balancé mes souliers à l’autre bout de la salle tellement je ne pouvais plus les supporter.

Lorsque le bal s’est terminé, nous avons migré vers Contrecœur, où le fameux après-bal devait se dérouler ou plutôt, se déchaîner. Le petit groupe qui s’y était réuni, autrement dit, Mark, Maude, Thomas et moi ainsi que quelques autres amis, projetait en gros de passer une “méchante veillée.” Comme de fait, l’alcool coulait à flots et en partie sur le plancher alors que tout le monde devenait de plus en plus débraillé. Normalement, ça aurait été contre mes principes de boire ne serait-ce qu’un unique verre de bière, d’autant plus que le goût de la boisson à lui seul suffit à me faire changer de couleur, mais, ce soir-là, c’était différent : j’avais envie de m’éclater. L’alcool a dû me rendre paranoïaque ou alors je n’avais vraiment plus toute ma tête, car je discutais avec Thomas depuis un moment déjà quand, autour de moi, le monde s’est mis à vaciller et le parquet s’est mis à valser sous mes pieds. Prise de vertiges, je me suis accrochée à son cou pour ne pas m’effondrer, mais il a probablement pris cela pour une avance et s’est penché vers moi pour m’embrasser. Paniquée à l’idée que cela puisse mal se terminer, je l’ai repoussé et, comme de raison, saouls comme nous l’étions, nous avons perdu l’équilibre pour nous étaler, chacun de son côté, sur le sol trempé d’alcool.
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ManuE
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MessageSujet: Re: 23 Juin : Le Début de la Fin   Lun 5 Sep - 14:16

C’est Thomas qui s’est relevé le premier ; il ne semblait pas de très bonne humeur. En fait, tout le monde nous observait d’un air effaré quand Maude a finalement pris la parole : « Élizabeth, enfin, mais qu’est-ce qui te prend ? », m’a-t-elle demandé, plutôt fâchée. Est-ce que je venais de gâcher sa veillée ? J’avais vaguement l’impression d’avoir commis un acte répréhensible, mais dans l’état où je me trouvais, je n’arrivais même pas à me demander lequel. J’ai continué de fixer Thomas du regard, jusqu’à temps qu’il réagisse. Je m’attendais à ce qu’il parte et ne veuille plus jamais m’adresser la parole ou encore qu’il pique une sainte colère, mais non, à mon plus grand étonnement, il est resté calme -ou plutôt froid et placide- lorsqu’il m’a tendu la main pour m’aider à me remettre sur pieds.

Étant donné que je n’étais pas très stable sur mes membres inférieurs, il m’a reconduite jusqu’à une chaise, en parfait gentleman qu’il était, avant d’en tirer une devant moi pour y asseoir son propre postérieur. Je voyais à son expression qu’il ne semblait plus très enchanté à l’idée de me tenir compagnie, mais nous avons malgré tout continué à discuter. Plus je parlais, plus j’avais l’impression de m’enfoncer dans des sables mouvants. J’essayais de m’expliquer, de me justifier sans toutefois y arriver et c’est alors que la situation a dégénéré : la conversation a vraiment tourné au vinaigre. Tom m’a accusé d’avoir voulu l’humilier, de m’être servie de lui comme d’une parure assortie à ma tenue de soirée pour finalement le rejeter dès le premier baiser. J’étais offusquée, mais pas autant que lui, semblait-t-il. Moi qui avais tenté de sauver notre amitié, je m’y étais vraisemblablement mal prise.
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MessageSujet: Re: 23 Juin : Le Début de la Fin   Lun 5 Sep - 14:17

Je me suis retrouvée seule, assise sur ma chaise à faire face au siège vide qui avait été précipitamment abandonné quelques instants auparavant par un Thomas aussi furieux qu’il est impossible de l’imaginer quand on ne connaît que le caractère généralement doux et calme du jeune homme. Je suis restée là pendant plusieurs minutes, pantoise, ne sachant trop si je devais éclater de rire devant le ridicule de la situation ou alors me mettre à pleurer sur mon sort puisque j’avais à la fois perdu mon cavalier et un ami potentiellement génial. Comme j’étais encore sous l’influence des nombreux verres de boisson alcoolisée que j’avais préalablement ingurgités et que la colère de mon ancien complice m’avait drôlement affectée, la deuxième option s’est imposée d’elle-même et les larmes se sont mises à couler.

Malheureusement, cela ne m’a guère attiré de sympathie et ce n’est pas Thomas qui serait revenu me consoler. Je suis restée là, sur ma chaise, à larmoyer comme une gourde qui fuit, sans capter l’attention d’âme qui vive. Je me disais que l’âme en question était bien trop occupée à prendre son pied pour me remarquer. C’est alors que, lassée de gémir sur le compte de ma solitude, je me suis levée et me suis péniblement dirigée vers la salle de bain où le grand miroir me renvoyait une image plutôt pitoyable de moi-même : des mèches rousses qui pendouillaient de façon lamentable, des yeux gonflés, du maquillage qui avait coulé et, pour couronner le tout, j’empestais la bière et la tequila. Avec le peu de dignité qui pouvait bien me rester, je me suis débarbouillée avant de regagner la fête qui battait son plein.
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MessageSujet: Re: 23 Juin : Le Début de la Fin   Lun 5 Sep - 14:19

Le lendemain matin, je me suis réveillée, sur le plancher du sous-sol, chez Maude, avec le pire mal de crâne qui puisse exister. Autour de moi, c’était le chaos : des bouteilles, des canettes, des guirlandes et des flaques de substance innommable étaient répandues partout dans la pièce. Des ronflements étaient audibles là où les fêtards avaient succombé au sommeil. Tout près, Maude et Mark dormaient, paisiblement enlacés. Un peu plus loin, Thomas s’était écroulé, peu de temps avant que je cède à mon tour à l’épuisement. Tout en grimaçant de douleur et, après avoir recouvert Tom de son sac de couchage qui traînait à l’autre bout de la pièce, j’ai débarrassé le plancher de ma présence pour monter au premier.

Le café était déjà prêt quand Mark a fait son apparition en haut de l’escalier. Il semblait avoir mal dormi, comme tous les autres qui ont suivi. Même Maude avait perdu son entrain habituel ; les courbatures la faisaient grogner de dépit. Quand Thomas est arrivé, en dernier, tout le monde était déjà attablé. Il s’est assis, sans un mot, à la place qui restait et, faisant mine de renverser le reste du carton de lait dans son bol de céréales, il a demandé si tout le monde avait bien dormi. En voyant l’air bête général qu’il avait provoqué, il s’est étouffé de rire avec sa bouchée de flocons de maïs et la tension qui régnait alors dans la cuisine s’est peu à peu dissipée à mesure que chacun se mettait à pouffer, moi la première.

Cependant, le froid qui existait entre lui et moi restait toujours aussi polaire. Lorsque je lui ai adressé un sourire amusé, il a froncé les sourcils avant de plonger son regard dans le méandre de ses céréales et, plus tard, alors que nous fêtions la St-Jean Baptiste autour d’un feu de camp, il est resté de l’autre côté des flammes, malgré la fumée qui l’étouffait. Grattant les cordes de sa guitare sur un air de Paul Piché, il toussait autant qu’il chantait mais il préférait attendre que le vent tourne plutôt que de changer de place et ainsi se rapprocher de moi. Cette situation me peinait, d’autant plus que je le voyais souffrir à cause de son entêtement. Question de soulager ma conscience, je me suis levée sous prétexte de me dégourdir les jambes et je suis allée chercher quelques bûches que j’ai rajoutées dans le feu avant de me poster, debout derrière Thomas. La tactique a fonctionné telle que je l’espérais. Thomas, que ma présence importunait, s’est étiré avant de se lever pour s’asseoir plus loin. Je me suis assise en territoire conquis pour regarder le musicien qui se réinstallait avec sa guitare, exactement à la place que j’avais laissée une minute plus tôt. Brillante stratégie, mais à présent, c’était moi qui aspirais de la fumée. Sans compter que juste avant de se lever, il m’avait ordonné, par des paroles à peine audibles de le laisser tranquille. Je commençais à me demander s’il valait la peine que je me donne tout ce mal afin de me faire pardonner. Néanmoins, j’ai continué de persévérer.
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MessageSujet: Re: 23 Juin : Le Début de la Fin   Lun 5 Sep - 14:22

Malgré tous mes efforts, la situation ne semblait pas vouloir s’améliorer, loin de là. À chaque fois que j’essayais de l’approcher, il s’éloignait et, quand je trouvais le courage d’aller lui parler en privé, il se sauvait. À bien des reprises, j’ai tenté de communiquer avec lui, mais il réussissait immanquablement à trouver une excellente excuse pour couper court à la conversation. Manifestement, il m’évitait, pour ne pas tout simplement dire qu’il me fuyait. J’ai alors sérieusement commencé à désespérer, bien qu’il y avait plusieurs heures déjà que l’envie de sourire m’avait quittée.

Mes amies, qui me voyaient devenir de plus en plus déprimée à chaque tentative infructueuse de nous raccommoder, ont fini par s’inquiéter. De fait, mon humour cynique ne faisait plus rire personne, pas même les plus fatiguées d’entre elles. Vers la fin de la journée, Maude a pris l’initiative de venir me demander ce qui n’allait pas avec moi. Prise au dépourvu, je lui ai raconté toute l’histoire telle que je l’avais vécue, en n’oubliant pas de répéter sans cesse à quel point j’étais désolée d’avoir agi ainsi, et, comme toute amie géniale se doit de le faire, elle s’est montrée très compréhensive et a promis d’aller parler à Thomas pour moi. Malgré ma réticence à la laisser faire une telle chose à ma place, je n’avais plus tellement d’autres choix : Thomas ne me laissait plus l’approcher à moins de deux mètres !
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MessageSujet: Re: 23 Juin : Le Début de la Fin   Lun 5 Sep - 14:22

Le reste de la journée s’est passé sans trop d’accrochages, même si, au plus grand déplaisir de tous nous avons dû ranger le sous-sol afin que les parents de Maude, à leur retour de voyage, ne soient pas traumatisés à vie par la vision apocalyptique qu’offrait le décor. Après un savoureux festin de pizza McCain qui nous avait un peu remonté le moral à défaut de soulager nos estomacs révoltés, - Thomas avait un très joli teint vert pomme et j’aurais pu faire fuir un fantôme tellement j’étais blême - j’ai dû empaqueter mes maigres possessions en prévision de mon départ, dont l’heure se rapprochait de plus en plus.

Quand la voiture de ma mère s’est avancée dans l’entrée, tous mes amis, les nouveaux comme les anciens, se sont précipités pour me faire leurs adieux. À ma plus grande surprise, Thomas était aussi du lot, mais je ne pouvais me faire d’illusions : à son air renfrogné, il semblait aussi agréable pour lui de me prendre dans les bras que d’étreindre un cactus. Il relevait de la plus pure évidence qu’il agissait à contrecœur ; les regards furieux qu’il lançait à Maude ainsi qu’à Mark laissaient deviner qu’ils l’avaient envoyé vers moi de force. Je n’arrivais pas à croire que Maude ait pu exagérer à ce point : je ne lui avais jamais demandé de faire pression sur Thomas pour qu’il vienne me voir. Et Mark, de quoi se mêlait-il ? Cette histoire ne le regardait pas le moins du monde ! Incapable de savoir auquel des deux je devais reprocher ce moment tendu, j’ai tourné les talons, amère, et je m’en suis allée sans jeter le moindre regard en arrière, ce qui ne me ressemblait pas du tout. Je m’en voulais d’avoir laissé agir Maude, qui avait fait plier Thomas contre sa volonté et la mienne, de surcroît ! J’ai claqué la portière de la voiture sous le regard interrogateur de ma mère, dont j’ai ignoré les questions pendant tout le trajet : cet épisode de ma vie faisait partie d’un passé que je désirais oublier, même si je savais pertinemment que je n’étais pas près d’y arriver.
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MessageSujet: Re: 23 Juin : Le Début de la Fin   Lun 5 Sep - 14:26

Et comme de fait, à la suite d’une nuit au sommeil plutôt agité où Thomas hantait mes rêves les plus cauchemardesques, je me suis levée, complètement vidée de toute forme d’énergie ou d’intelligence, et c’est seulement lorsque j’ai jeté un coup d’œil au calendrier que mon cerveau s’est réveillé en catastrophe ; mon examen de conduite qui avait lieu le matin-même m’était complètement sorti de l’esprit. J’ai secoué l’épaule de mon père de toutes mes forces pour le faire sortir du lit et, une fois qu’il a eu fini de me hurler toutes les injures de la planète, cohérente ou non, j’ai finalement renoncé à lui demander de m’emmener où que ce soit avec sa camionnette. Optant plutôt pour mon vélo, j’ai pédalé comme une démente jusqu à la ville voisine. Ça m’a pris seulement une vingtaine de minutes avant d’arriver, plus morte que vive, à destination. Hélas, les ennuis étaient loin d’être terminés… Comme si je n’en avais pas déjà eu assez !

Mon examinateur m’attendait de pied ferme. Je ne saurais jamais trop depuis combien de temps il était planté là à regarder sa montre, mais un alligator avec une rage de dents ou un Thomas en furie n’auraient sans aucun doute pas paru moins sympathique à mes yeux. Le ton de sa voix n’avait guère de quoi me rassurer quant à son apparente hostilité à mon égard quand il a grogné : «C’est vous Élizabeth Cormier ? Bon sang, vous en avez mis du temps ! » Je n’avais même pas eu le temps de cadenasser ma bicyclette qu’il m’entraînait déjà vers un véhicule pour procéder à l’évaluation de mon incompétence au volant.

Dès que je me suis assise dans le véhicule, j’ai su que quelque chose n’irait pas. Les souvenirs de la veille m’habitaient toujours, m’empêchant de me concentrer. Comme si tous les dieux de la planète s’étaient ligués contre moi, l’automobile que mon évaluateur m’avait attribuée, le seul qui restait, en fait, avait une transmission manuelle. Or, ma dernière expérience avec ce type d’engin - la seule, à vrai dire - s’était soldée par quelques points de suture et une facture de débosseleur que le compte en banque de ma mère n’avait pas du tout appréciée. Bref, j’étais très mal barrée. Le mot AUTOMATIQUE n’était pas écrit en assez gros sur mon dossier. À croire que le vieux barbu à moitié chauve qui allait assister à mon échec monumental n’avait jamais su lire. Il n’allait pas tarder à l’apprendre, à ses dépends.
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MessageSujet: Re: 23 Juin : Le Début de la Fin   Lun 5 Sep - 14:28

Je ne saurais dire qui a été le plus terrifié par cette évaluation : moi qui, croulant sous le stress et obsédée par mes tracas, accumulais toutes les bévues possibles et imaginables, mon superviseur qui se trouvait à côté d’une hystérique ou les malheureux piétons qui avaient eu la mauvaise idée de sortir de chez eux ce jour là. Au moins, cette épreuve avait été trop courte pour que le véhicule ne subisse de dommages irréparables. Reste que le gâteau acheté par Marianne et Valérie, mes amies d’enfance, pour célébrer l’obtention de mon permis probatoire a eu une toute autre utilité : celle de me réconforter après cette outrageuse tricherie. En fait, comme elles me l’ont expliqué après que je leur aie raconté tous mes malheurs, j’étais tellement zombifiée par le manque de sommeil et absorbée par mes problèmes avec Tom que même une transmission automatique n’aurait probablement pas pu me sauver.

J’ai dû admettre qu’elles n’avaient pas tort : j’avais en effet très mal dormi dans le sous-sol de Maude et l’attitude de Thomas avant mon départ m’avait poursuivie depuis, au point de me garder éveillée une bonne partie de la nuit suivante, ce qui n’arrangeait manifestement pas mon cas. Mais, comme des amies exemplaires, Valérie et Marianne ont entrepris de me faire retrouver le sourire et elles y sont parvenues, du moins, jusqu’à ce que j’entende parler du premier juillet.
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MessageSujet: Re: 23 Juin : Le Début de la Fin   Lun 5 Sep - 14:30

Il se trouve que Mark avait décidé d’inviter tout le monde chez lui pour une fiesta du tonnerre. Le connaissant, j’aurais plutôt appelé cela un barbecue incendiaire. Mark ayant la fâcheuse manie de jouer avec le feu, je devinais aisément que cette occasion ne ferait en aucun cas exception à la règle. Comment diable Marianne et Valérie avaient-elles pu être mises au courant avant moi, cela n’avait aucune importance ; c’était le pourquoi de la question qui m’intéressait. La réponse m’est apparue, simple et évidente : Mark croyait que je lui en voulais toujours d’avoir forcé Thomas à venir me dire au revoir contre son gré et il avait chargé Mag’s et Val de m’inviter. J’ai grimacé ; avec sa carrure de joueur de hockey, il n’avait absolument rien à craindre de la fureur d’une petite rouquine, non-violente par-dessus le marché.

J’ai beaucoup hésité avant d’accepter. Je savais que Thomas serait là : il ne manquait jamais une occasion de faire la fête, fût-il souverainiste jusqu’à la moelle. Mais les filles ont réussi à me convaincre de ne pas me soucier de lui ; elles seraient là pour le chasser s’il lui venait l’idée de m’importuner. Bien sûr, je leur ai formellement interdit de faire une telle chose, leur rappelant bien malgré moi que ce ne serait sûrement pas lui qui viendrait me harceler puisqu’il m’évitait comme j’étais atteinte d’une quelconque maladie incurable potentiellement contagieuse. Il me fallait cependant reconnaître que j’y étais pour quelque chose, mais quoi ? C’était cette pensée bien plus que Thomas lui-même qui me tourmentait, mais mes amies m’avaient déniché le courage nécessaire pour y faire face. Elles avaient accompli à merveille le mandat qui leur avait été confié par Mark : je serais des leurs que Thomas le veuille ou non.
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MessageSujet: Re: 23 Juin : Le Début de la Fin   Lun 5 Sep - 14:32

Le premier juillet est arrivé très vite, un peu trop à mon goût. Ce jour venu, il était impossible de reculer : j’avais déjà promis à bien des gens que j’y serais et il aurait été déloyal pour moi de tous les décevoir, sans compter que c’était moi qui devais emmener Marianne et Valérie à bon port. Pourtant, la dernière chose dont j’avais envie, ce jour-là, c’était de confronter Thomas dont la rancune me faisait sentir totalement impuissante. Pendant que j’enfournais machinalement tout ce qui me tombait sous la main dans mon sac de voyage, je songeais à mille et une façons de sauver ma peau. Malade ? J’étais une comédienne ratée, personne n’y aurait cru. Une foulure à la cheville ? La perspective de remettre des souliers à talon haut ne m’enchantait pas le moins du monde. Blessée ? Il était hors de question que je m’approche à moins de dix mètres du volant d’une voiture manuelle. La seule autre option qui me restait était de sortir par la fenêtre de ma chambre et de m’enfuir par le toit, d’où j’aurais été aussi invisible qu’une enseigne clignotante de Las Vegas. Au moment même où je commençais à envisager sérieusement de me faire enlever par des extraterrestres, la sonnette de l’entrée s’est faite entendre. J’étais coincée.

En fin de compte, j’aurais mieux fait de m’enfuir par la fenêtre en talons hauts, ça aurait sûrement moins douloureux que le coup bas que j’ai reçu ce soir-là. Comme je l’avais prédit, Thomas avait daigné se joindre à nous ; mais je n’aurais jamais pu prévoir qu’il viendrait accompagné. De la manière dont je lui ai été présentée, Andréa aurait pu croire que Thomas et moi étions les meilleurs amis du monde depuis des siècles. Pour ma part, j’étais plutôt perplexe, car son ton, d’apparence si joyeuse, sonnait faux. Et puis, je n’arrivais tout simplement pas à en croire mes oreilles : comment pouvait-il s’être déjà fait une petite amie ? En les observant, tous les deux, pendant quelques minutes, j’ai fini par comprendre à quel point j’avais pu être stupide de seulement m’être posée cette question : Tom était un être drôle et attachant, sans oublier qu’il était incroyablement adorable avec ses longs cheveux noirs et ses yeux azur. Et moi, je ne pouvais que voir la chance qui m’avait filé entre les doigts.

Le voir embrasser Andréa a été un supplice bien plus horrible que ce à quoi je pouvais m’attendre, dépassant même les limites de ce que je ne pouvais supporter. Cette image a fait ressurgir de ma mémoire ce moment de l’après bal où, pendant une fraction de seconde, nos lèvres s’étaient frôlées. Ce souvenir m’a bouleversée au point de me donner une terrible envie de hurler de douleur, ce que n’ai pas fait : le cri aurait ameuté tout le quartier. D’un geste, j’ai arrêté Valérie qui, ayant remarqué la mine affligée que je tentais en vain de réprimer, se dirigeait en fulminant vers le couple avec la ferme intention de mettre Thomas en morceaux. Du coin de l’œil, j’ai vu que Mark venait d’empêcher Maude d’en faire autant. Après tout, les amoureux avaient le droit légitime de faire ce qu’ils voulaient si ça les rendait heureux. Après avoir empêché un éventuel carnage, j’ai clairement signifié à tous mon désir d’être seule et je me suis isolée, en retrait dans l’une des nombreuses tentes de camping érigées pour l’occasion.
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MessageSujet: Re: 23 Juin : Le Début de la Fin   Lun 5 Sep - 14:35

Je ne suis pas restée seule bien longtemps. Je n’avais pas encore passé une demi-heure à tenter inutilement de faire le vide dans mon esprit pour en chasser les images qui me torturaient que le glissement de la fermeture éclair s’est fait entendre. Je me suis retournée pour dire à l’intrus de ficher le camp, mais je n’ai réussi à émettre aucun son lorsque je me suis retrouvée nez à nez avec un Thomas aussi ahuri que moi ; j’ignorais jusqu’alors que c’était dans SA tente que je m’étais réfugiée et il ignorait probablement aussi que je m’y trouvais. De l’intérieure, je maudissais l’idiote finie qui m’avait choisi cette tente-là comme sanctuaire, c’est-à-dire nulle autre que moi.

Une fois le choc passé, Thomas a fini par me dire : « Euh… Élie, tu peux me passer mes rollers…s’il-te-plaît ? » Je savais bien qu’il avait besoin de ses patins à roues alignées, pour raccompagner Andréa chez elle, mais je n’en avais cure. Je ne lui en voulais pas le moins du monde de l’avoir choisie, elle, plutôt que moi, car elle me semblait bien gentille et, s’il y avait quelqu’un qui méritait ce bonheur, c’était bien elle. Pourtant, Tom semblait avoir peur que je lui lance ses patins en pleine figure en guise de représailles. Cette idée m’a fait étouffer un fou rire alors que je les lui donnais, un par un, en prenant tout mon temps pour qu’il ne se sente pas trop menacé. Il m’a jeté un de ses fameux regards en coin, l’air de dire « T’es cinglée ! », avant de s’en aller. J’ai attendu qu’il soit hors de vue avant de sortir de mon antre et de rejoindre les autres qui commençaient légèrement à se faire du soucis à mon sujet.

Lorsque j’ai réintégré le groupe, tous les regards se sont retournés vers moi. Aucun doute possible, ils savaient aussi bien que moi que le départ de Thomas et mon soudain retour à la civilisation n’avaient rien à voir avec une coïncidence. Cependant, en voyant mon air froidement déterminé, ils ont cessé de me dévisager comme si j’étais un nouveau spécimen d’extraterrestre, renonçant ainsi à toute forme d’interrogatoire. Toute ? Pas exactement. Je venais à peine de me recroqueviller sur un siège, près du foyer extérieur, que Valérie s’est accroupie près de moi pour me demander : « Tu penses encore à lui, n’est-ce pas ? » Ce à quoi je n’ai guère eu le choix de répondre par l’affirmative, puisque j’étais justement en train de me torturer les méninges pour trouver le moyen le plus efficace qui soit de réparer les pots cassés.
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MessageSujet: Re: 23 Juin : Le Début de la Fin   Lun 5 Sep - 14:38

J’avais à peine eu le temps de me consacrer à cette réflexion que le sujet de mes tourments était déjà de retour, à croire qu’il avait des réacteurs de fusée dissimulés dans ses patins. Prise de cours, j’ai décidé de prendre le taureau par les cornes et tant pis pour les subtilités ! Dans un monde parfait, je n’aurais eu qu’à l’interpeller pour qu’une conversation s’engage. Dur retour à la réalité ; même en me plantant au beau milieu de la rue pour l’intercepter, je n’ai pas réussi à lui parler. Agiter frénétiquement ma main devant ses yeux ne m’a pas servi davantage ; j’aurais pu me féliciter si j’avais réussi à obtenir ne serait-ce qu’un regard. C’était peine perdue, je le savais, mais j’ai quand même tenté le tout pour le tout en posant ma main sur son épaule et en déclarant, à haute et intelligible voix, : « Tom, je crois qu’il serait temps qu’on se parle. » Lorsqu’il a fini par se lever, de mauvaise grâce, j’ai cru que ça y était, mais, encore une fois, son obstination a eu raison de la mienne et il s’est contenté d’aller mettre une bûche dans le foyer avant d’aller se rasseoir. J’étais certaine, à ce moment là, que si j’avais pu entendre la pensée générale de tous ceux qui avaient assisté à la scène, celle-ci aurait très probablement été : « Et merde ! »

Je n’ai pas hurlé, je ne l’ai pas insulté, je ne me suis pas enfuie et je ne me suis malheureusement pas non plus enfoncée dix mètres sous terre, mais tous les dieux de la Terre m’en sont témoins, ce n’était pas l’envie qui manquait ! Non. Je suis bêtement restée pétrifiée sur place à le fixer, avalant quelques mouches au passage tellement j’étais anéantie, publiquement humiliée par celui auprès duquel je tentais de me racheter. Puis, je me suis mise à bouillir : même s’il avait pu se sentir bafoué et rejeté à cause de ma réaction, à l’après bal, je n’avais JAMAIS eu l’intention de lui faire du mal, alors que lui, il agissait en pleine connaissance de cause. Et puis, comment osait-il me traiter ainsi alors que je me donnais tant de mal à essayer de nous réconcilier ? C’est à ce moment là seulement que j’ai commencé à lui “dire” ma façon de penser : « Thomas Siemens, tu n’es qu’un… » Mais il n’a pu savoir ce qu’il était, car, avant que je n’aie pu faire un scandale, Mark, qui avait vu que la situation tournait dangereusement au vinaigre, m’avait pris à bras le corps et m’entraînait le plus loin possible de Tom. Je n’avais aucunement le choix de le suivre : soit je coopérais, soit il me traînait de force et je savais par expérience qu’il en était tout à fait capable.
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MessageSujet: Re: 23 Juin : Le Début de la Fin   Lun 5 Sep - 14:40

Après m’avoir lâchée, il a dit :
« Je suis désolé, Élie. Je regrette que ça se soit passé comme ça. Avoir su…
- Tu ne m’aurais pas invitée, c’est ça ? , ai-je demandé, toujours aussi furieuse.
- C’est faux ! Si j’avais su que Thomas se comporterait ainsi, je ne l’aurais pas proposé à Maude pour…
- Et je me serais retrouvée toute seule au bal ! , ai-je rétorqué, en lui coupant de nouveau la parole.
- Pas du tout ! Si tu me laissais finir mes phrases, au moins ! , a-t-il fulminé, impatient.
- Écoute, lui ai-je dit en me radoucissant un peu, c’est très gentil à toi de vouloir porter le blâme, mais ça n’a rien à voir avec toi. Et puis, je n’en ai rien à faire de tes regrets. Cette dispute-là, elle est entre Thomas et moi ! »
Sur ce, je me suis éloignée. Je me sentais mal d’avoir remis Mark à sa place, surtout après qu’il m’ait évité d’aggraver la situation en commettant une irréparable bourde. J’avais peur de l’avoir vexé, lui aussi, mais, même si j’avais tenté de m’excuser, la conversation n’aurait sûrement pas mieux tourné que celle que j’avais eue avec Tom après l’épisode du baiser raté. De plus, avec ce dernier à proximité, je me sentais bien incapable de prononcer la moindre parole sensée.

Je n’ai pas pu fermer l’œil de la nuit. Me tournant et me retournant dans mon sac de couchage, je ne pouvais que me repasser mentalement les évènements de la soirée, maudissant mon incapacité à contrôler les émotions qui me submergeaient les unes après les autres, telles une série de raz de marées. Je n’arrivais pas à me faire à l’idée que l’être si attachant que j’avais cru connaître avait pu devenir aussi froid et distant, par ma faute, en plus. Dans sa tente, tout près, je voyais que Thomas non plus ne dormait pas. Sa lampe de poche était allumée et, même s’il ne parlait que dans un murmure étouffé, je parvenais à capter quelques bribes de conversation où il me comparait à Andréa. Suffoquant de douleur à force de retenir mes sanglots, j’ai appris, bien malgré moi, qu’il n’avait pris aucun plaisir à me voir souffrir, qu’il avait agi ainsi seulement dans le but de se protéger d’un nouvel affront et que si je ne l’avais pas repoussé, Andréa ne m’aurait jamais remplacée. À partir de ce moment là, j’ai su qu’il n’y aurait aucune réconciliation possible tant avant qu’il ne l’ait au préalable décidé.
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MessageSujet: Re: 23 Juin : Le Début de la Fin   Lun 5 Sep - 14:43

Étant donné que je ne pouvais plus rien faire pour sauver notre “amitié”, je me suis résignée à essayer de trouver une méthode implacable de tuer le temps jusqu’à ce qu’il se sente prêt à me pardonner. J’étais bien prête à survivre une éternité sans lui si, au bout du compte, ça pouvait me permettre de le retrouver. C’est avec cette idée en tête que je me suis mise à la poterie. Ma première tentative s’est soldée par un cuisant échec : la motte d’argile que j’avais vainement tenté de façonner ressemblait bien moins à un vase que moi à un monstre de boue. Il en a été ainsi avec la danse, la peinture et la photographie, milieux artistiques que je n’ai pas tardé à abandonner puisque je m’y sentais aussi à l’aise qu’un poisson en dehors de l’eau. Le dessin était la seule discipline pour laquelle je semblais avoir un peu de talent, mais j’ai fini par tout laisser tomber après avoir constater que le moindre de mes croquis finissait inévitablement par se transformer en portrait de Thomas. Perfectionniste comme je l’ai toujours été, il me semblait qu’aucune de ces esquisses ne lui rendait vraiment justice. C’est après m’avoir vue froisser une énième feuille de papier que Marianne, qui m’hébergeait chez elle afin de mieux m’initier à sa passion, a fini par me faire comprendre que les arts n’étaient peut-être pas ce qu’il me fallait pour combler le vide que l’absence de Thomas créait dans ma vie.

Deux semaines à peine s’étaient écoulées depuis que Tom m’avait publiquement tourné le dos, me faisant du même coup perdre la face, et pourtant, je n’étais déjà plus capable de lui en vouloir. Pire, il me manquait horriblement et je n’arrivais pas à oublier quelle était l’unique cause de mon malheur, qui avait semblé s’accentuer à chaque jour depuis la dernière fois que je l’avais vu, chez Mark, d’où il était parti sans même me dire au revoir, d’ailleurs. Mais c’était une broutille comparé à tout ce qu’il avait pu dire à mon sujet durant la nuit et que j’avais entendu, sans le vouloir. Ses paroles m’avaient profondément touchées et, plus j’y réfléchissais, plus je regrettais amèrement de l’avoir laissé me filer entre les doigts. Je l’avais blessé en agissant très égoïstement, sous prétexte de me protéger et de sauvegarder notre amitié alors qu’en fait cela ne tenait aucunement compte de SES sentiments à mon égard. En me conduisant telle une parfaite idiote, j’avais sacrifié la possibilité que notre rencontre évolue vers quelque chose de bien plus extraordinaire que banalement amical. Eh oui ! Adieu l’amour et bonjour la galère ! Il me fallait expier mes fautes avant d’obtenir son pardon et ce, au prix de ma patience, dans une attente qui me faisait l’effet d’un interminable martyre.

J’ai enfin aperçu la lumière au bout du tunnel, après quelques jours supplémentaires à ronger mon frein, quand j’ai appris que le Relais Vert, le seul restaurant du coin, avait besoin d’un cuisinier supplémentaire pour l’été. J’ai sauté sur l’occasion et posé ma candidature illico presto ; ce n’était pas à tous les jours qu’un emploi tombait du ciel dans une ville comme Carignan. Je n’étais peut-être pas douée pour les arts, mais rien ne m’avait jamais fait rater une recette et ce n’était pas Thomas qui y arriverait, j’en étais convaincue. C’est donc dans cet état peu commun de confiance en moi-même que j’ai tenté pour la dernière fois de me reprendre en main et, cette fois-là, à mon plus grand soulagement, a été un véritable succès.

Même si je n’envisageais pas particulièrement de devenir une professionnelle dans le domaine de la restauration, la cuisine était pour moi une libération et rien n’était plus gratifiant que le sourire d’un client satisfait. Et si, dans les moments creux de l’après-midi, il m’arrivait de laisser mon esprit vagabonder vers Thomas, Gaétan, mon patron, finissait toujours par me trouver un inventaire ou une vadrouille pour m’occuper, ce dont je lui étais, bien sûr, infiniment reconnaissante. Le Relais Vert, aussi agité et grouillant de monde pouvait-il être, représentait pour moi un havre de paix ; tant que je m’y trouvais, il était hors de question qu’une quelconque pensée obscure vienne me hanter. Par contre, dès que je quittais les lieux, mes anciens doutes surgissaient. Et si Thomas me détestait ? Et s’il m’oubliait ? Jusqu’alors, j’avais cru avec certitude qu’il me pardonnerait, qu’on passerait à autre chose et que tout irait pour le mieux dès qu’on se serait réconciliés. Mais le temps qui passait, me laissant sans nouvelle de lui, avait tendance à soutenir la thèse contraire…
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MessageSujet: Re: 23 Juin : Le Début de la Fin   Lun 5 Sep - 14:44

Le 29 juillet, à la toute fin de la cohue du midi, Gaétan est venu m’apostropher alors que je m’affairais aux fourneaux. Il semblait de mauvaise humeur et pointait le téléphone normalement réservé aux livraisons quand il m’a dit : « C’est pour toi. Un petit comique qui veut se faire livrer une Élizabeth toute garnie. » Je croyais qu’il allait ensuite me gronder pour avoir reçu un appel personnel de trop, le seul, en fait, mais il s’est contenté de me dire de me dépêcher sinon mes pizzas allaient calciner. Croyant avoir affaire à un mauvais blagueur, j’ai saisi le téléphone en maugréant. Une conversation des plus inattendue s’en est suivie :
« Alors comme ça, tu as réussi à m’oublier ?, a dit une voix familière, que je n’aurais jamais osé espérer entendre au téléphone.
- Thomas, c’est toi ?, ai-je demandé, stupéfaite.
- Au moins tu connais encore mon nom ! , a-t-il ironisé
- Écoute, ai- dit, conciliante, tu ne pourrais pas rappeler un peu plus tard ? Je suis…
- Non, toi, écoute, m’a-t-il coupée. Je suis chez toi pour te chercher. Ton père me regarde de travers depuis tout à l’heure et je vais sûrement me faire mettre dehors si tu n’es pas arrivée d’ici vingt minutes. Fais quelque chose ! , m’a-t-il ordonné, sur un ton plutôt suppliant.
- C’est une blague ! , me suis-je exclamée, incrédule.
- Non. Pas du tout… Je t’aime, Élie ! , a-t-il dit, le plus sérieusement du monde avant de raccrocher.»

Pendant trente secondes, j’ai fixé le combiné, complètement interdite : je n’arrivais pas à croire qu’il ait pu faire tout ce chemin depuis Contrecoeur pour venir me voir chez moi, à Carignan. Puis, l’air interrogateur de Gaétan m’a ramené les deux pieds sur terre : je devais faire très vite. « J’ai une urgence. », ai-je soufflé, toujours aussi sonnée avant de retourner aux fourneaux pour compléter ma tâche. En un tour de main, j’ai sorti, découpé et servi deux pizzas géantes parfaitement dorées, de la manière la plus expéditive qui soit. Gaétan n’en revenait tout simplement pas et moi non plus, mais pas pour la même raison. Avant qu’il n’ait le temps de commenter mon efficacité, j’avais déjà pris la poudre d’escampette.
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MessageSujet: Re: 23 Juin : Le Début de la Fin   Lun 5 Sep - 14:46

Gaétan ayant accepté de me donner congé pour l’après-midi, je n’avais plus qu’une idée en tête, rejoindre Thomas le plus vite possible, coûte que coûte. J’étais probablement aussi nerveuse que le soir où je l’ai rencontré pour la première fois, aussi impatiente aussi, mais certainement plus heureuse que je ne l’avais été au cours des semaines suivantes. J’étais tellement absorbée par mon propre bonheur que j’en ai négligé de regarder des deux côtés avant de traverser l’intersection…

Ce soir-là, le Relais Vert a fermé de bonne heure, avec une employée en moins.
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MessageSujet: Re: 23 Juin : Le Début de la Fin   Lun 5 Sep - 14:51

Cette histoire, je l'ai écrite en cinquième secondaire dans le cadre demon projet personnel. Elle inspirée d'un fait vécue, mais elle contient une large part de fiction. C'est sûrement l'une des meilleures histoires que j'ai écrites à vie, j'en suis particulièrement fière.

Si vous avez des questions, commentaires ou des insultes, envoyez-les moi par message privé s'il-vous plaît !
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